Jambes lourdes et vols long-courriers
Rester assis plus de quatre heures dans un avion double à peu près le risque de thrombose veineuse, selon le projet WRIGHT de l’Organisation mondiale de la santé, publié en 2007. Le risque absolu reste faible, de l’ordre d’un cas pour 6 000 passagers sur ces vols, et il se concentre chez les personnes qui présentent déjà des facteurs favorisants. Les pieds gonflés et les jambes lourdes, eux, concernent presque tout le monde et n’ont rien de grave.
Le sang veineux et la pompe du mollet
Le sang remonte des pieds vers le cœur grâce aux muscles du mollet : chaque contraction comprime les veines profondes, et des valvules empêchent le reflux. Assis sans bouger, cette pompe tourne au ralenti. Le bord du siège appuie en plus sous la cuisse et derrière le genou, là où passe la veine poplitée, et les genoux pliés à angle droit gênent encore l’écoulement.
Le liquide s’accumule alors dans les tissus des chevilles et des pieds : c’est l’œdème banal qui rend les chaussures étroites à l’arrivée et disparaît en quelques heures de marche. La thrombose veineuse est autre chose : un caillot qui se forme dans une veine profonde, le plus souvent au mollet, et qui peut migrer vers les poumons.
Le projet WRIGHT et ses chiffres
L’étude de l’OMS a comparé des voyageurs selon la durée et le mode de transport. Ses conclusions principales :
- le risque est environ doublé après un trajet de plus de quatre heures, et ce n’est pas propre à l’avion : la voiture, le car et le train produisent un effet comparable ;
- il augmente avec la durée du voyage et avec la répétition de plusieurs vols sur une courte période ;
- le surplus de risque persiste environ deux semaines après le trajet.
Le surnom de « syndrome de la classe économique » est donc trompeur : la position assise prolongée compte davantage que la largeur du siège, même si un siège-lit, qui permet d’allonger les jambes, limite la compression derrière le genou.
Les terrains favorisants
Le même projet a identifié les facteurs qui pèsent le plus :
- un antécédent de thrombose ou d’embolie pulmonaire, personnel ou familial ;
- une chirurgie ou un traumatisme récents, un plâtre ;
- la grossesse et les semaines qui suivent l’accouchement ;
- une contraception ou un traitement contenant des œstrogènes ;
- l’obésité, et une très grande ou très petite taille, qui modifie la position des jambes sur le siège ;
- certaines anomalies héréditaires de la coagulation, un cancer en cours de traitement.
Pour une femme enceinte, la question se pose sur chaque long trajet, et les compagnies en tiennent compte dans leurs règles. Pour toute personne qui se reconnaît dans cette liste avant un vol long, la conduite à tenir, contention ou traitement préventif, est à demander au médecin.
Bouger dans 45 centimètres
Les gestes utiles sont simples et se font sans quitter sa place :
- pointes de pied vers le haut, puis vers le bas, une dizaine de fois, plusieurs fois par heure ;
- rotations des chevilles dans les deux sens ;
- pieds à plat, soulever les talons puis les pointes alternativement ;
- éviter de croiser les jambes, qui comprime les veines du genou.
Se lever et marcher dans l’allée quand le signal ceinture est éteint reste le geste le plus efficace. Un siège côté couloir le facilite ; je reste fidèle au siège côté hublot, ce qui oblige à déranger ses voisins, et le moment où le chariot a quitté l’allée est le plus simple pour le faire. Un sac rangé sous le siège de devant réduit l’espace pour les pieds : mieux vaut le mettre dans le coffre à bagages sur un long trajet.
Boire régulièrement de l’eau compense l’air très sec de la cabine. L’alcool et les somnifères ont un défaut commun : ils font dormir longtemps dans la même position. Sur un vol de nuit, un sommeil profond de six heures sans un mouvement est justement la situation à éviter pour les personnes à risque.
Les bas de contention
Les bas de contention exercent une pression décroissante de la cheville vers le mollet, qui aide la pompe veineuse. Ils réduisent nettement l’œdème des chevilles et, chez les voyageurs à risque, la survenue de thromboses. Ils s’enfilent le matin du départ, jambes encore non gonflées, et se choisissent à la bonne taille : un bas trop serré au-dessus du genou fait l’effet inverse. Ils se vendent en pharmacie en plusieurs classes de compression, mesurées en millimètres de mercure.
Les signes qui ne trompent pas
Une douleur au mollet d’un seul côté, une jambe plus gonflée, chaude ou rouge que l’autre, dans les jours ou les deux semaines qui suivent un vol, évoquent une thrombose et justifient une consultation rapide. Un essoufflement brutal ou une douleur dans la poitrine relèvent des urgences, en mentionnant le voyage récent. À l’inverse, deux chevilles également gonflées le soir de l’arrivée, sans douleur, correspondent à l’œdème de position et se résorbent en marchant.
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Questions de passagers
Les jambes gonflées après un vol sont-elles un signe de phlébite ?
Pas en général. Un gonflement symétrique des deux chevilles, sans douleur, vient de l'immobilité et se résorbe avec la marche. C'est une jambe seule, douloureuse ou chaude qui doit alerter.
Faut-il porter des bas de contention sur un vol de trois heures ?
Pour un passager sans facteur de risque, ce n'est pas nécessaire : le surplus de risque apparaît surtout au-delà de quatre heures. Ils restent agréables pour limiter l'œdème chez ceux qui ont facilement les chevilles gonflées.
Le train ou la voiture évitent-ils le problème ?
Non, tout trajet assis de plusieurs heures produit un effet comparable. L'avantage du train et de la voiture tient seulement à la facilité de se lever ou de faire une pause.