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CLe corps en altitude

Décalage horaire : comment le corps s’adapte

Par Max · · 4 min de lecture

Lever de soleil sur une mer de nuages vu à travers un hublot, avec l'aile de l'avion à gauche
Lever du soleil au-dessus des nuages, photographié à travers le hublot d'un avion de ligne. — Jyoti Chiring · CC BY 4.0 — Wikimedia Commons

Le corps se recale à raison d’environ un fuseau horaire par jour : six heures d’écart avec New York, c’est donc près d’une semaine avant de dormir et de digérer tout à fait à l’heure locale. Le voyage vers l’est coûte plus cher que le retour vers l’ouest, et la lumière reçue au bon moment est le levier qui accélère le plus nettement la remise à l’heure.

Une horloge logée dans l’hypothalamus

L’horloge biologique tient dans deux petits amas de neurones situés au-dessus du croisement des nerfs optiques : le noyau suprachiasmatique. Il rythme la température du corps, la sécrétion de cortisol, la vigilance, l’appétit et la production de mélatonine par la glande pinéale, qui monte le soir dans l’obscurité et retombe au matin.

Laissée à elle-même, cette horloge tourne sur un cycle légèrement supérieur à 24 heures, de l’ordre de quelques minutes à un quart d’heure de plus selon les personnes. Elle se recale chaque jour grâce à des signaux extérieurs, dont le principal est la lumière captée par la rétine. Les horaires des repas, l’activité physique et les contacts sociaux jouent aussi, avec un effet plus faible.

Six heures en sept heures de vol

Le jet lag apparaît quand l’horloge interne et l’heure du lieu ne coïncident plus. Un avion franchit les fuseaux bien plus vite que le noyau suprachiasmatique ne peut se décaler : il faut donc vivre plusieurs jours avec un corps qui réclame le lit en plein après-midi ou se réveille à trois heures du matin.

Les symptômes sont connus : endormissement difficile ou réveils nocturnes, somnolence dans la journée, appétit décalé, digestion perturbée, baisse de concentration, humeur plus irritable. Ils s’ajoutent à la simple fatigue du trajet, liée à l’altitude cabine, au bruit et à l’humidité de la cabine qui tourne autour de 10 à 20 %. Cette fatigue-là disparaît après une bonne nuit ; le décalage horaire, lui, persiste tant que l’horloge n’a pas rattrapé l’heure locale.

Trajet depuis Paris Écart courant Sens
Montréal, New York 6 heures ouest
Los Angeles 9 heures ouest
Dubaï 2 à 3 heures est
Tokyo 7 à 8 heures est
Johannesburg 0 à 1 heure nord-sud

Les écarts varient d’une heure selon la saison et l’heure d’été. Un vol nord-sud, même de dix ou onze heures, ne provoque pas de décalage : seulement la fatigue du voyage.

Avancer ou retarder les aiguilles

Vers l’ouest, la journée s’allonge. L’horloge interne, qui a naturellement tendance à dériver vers plus de 24 heures, accepte assez bien de se coucher plus tard. Vers l’est, il faut au contraire raccourcir la journée et s’endormir plus tôt que le corps ne le souhaite, ce qui va contre sa pente naturelle. D’où le constat partagé par la plupart des voyageurs : le retour d’Amérique passe mieux que l’aller vers l’Asie.

Au-delà de huit ou neuf fuseaux vers l’est, l’horloge choisit parfois le chemin le plus court et se décale dans le mauvais sens, en retardant au lieu d’avancer. La remise à l’heure prend alors plus longtemps encore.

La lumière, le signal le plus fort

La lumière reçue en début de journée biologique avance l’horloge ; celle reçue en fin de journée la retarde. En pratique :

  • vers l’est, rechercher la lumière du matin à l’arrivée et éviter les écrans lumineux tard le soir ;
  • vers l’ouest, rester dehors en fin d’après-midi et repousser le coucher jusqu’à une heure locale raisonnable ;
  • sur un très grand écart vers l’est, éviter le soleil des toutes premières heures du matin les deux premiers jours, qui peut tomber dans la mauvaise fenêtre.

Côté repas, se caler tout de suite sur les horaires du lieu d’arrivée aide le corps à suivre. Sur un vol de nuit, choisir de manger ou non selon l’heure de destination fait partie de la même logique.

Le vol lui-même et les premières nuits

Régler sa montre sur l’heure d’arrivée dès l’embarquement oriente les décisions à bord : dormir ou veiller, manger ou attendre. Pour dormir en avion, je compte sur l’appui du siège côté hublot plus que sur n’importe quel accessoire. L’alcool facilite l’endormissement mais fragmente le sommeil ; la caféine reste active plusieurs heures et se gère selon l’heure locale visée.

Une sieste courte, de l’ordre de 20 à 30 minutes, aide à tenir jusqu’au soir le jour de l’arrivée ; une longue sieste l’après-midi retarde au contraire le recalage. Pour un séjour de deux ou trois jours seulement, il est souvent plus simple de rester à l’heure de départ autant que possible plutôt que d’entamer une adaptation qui n’aura pas le temps d’aboutir.

Mélatonine et somnifères

La mélatonine prise le soir à l’heure locale peut aider à avancer l’horloge après un vol vers l’est ; son usage, la dose et le moment de la prise sont à demander au médecin, en particulier en cas de traitement en cours. Les somnifères, eux, font dormir sans recaler l’horloge, et une immobilité prolongée en vol n’est pas souhaitable pour la circulation : le sujet des jambes lourdes sur long-courrier rejoint ici celui du sommeil.

Questions de passagers

Pourquoi le décalage est-il plus dur vers l'est ?

Parce qu'il faut s'endormir plus tôt que d'habitude, alors que l'horloge interne tend plutôt à s'allonger. Allonger sa journée vers l'ouest demande moins d'effort au corps.

Peut-on éviter le jet lag sur un vol Paris–Johannesburg ?

Oui, puisqu'il n'y a presque pas d'écart horaire entre les deux villes. La fatigue ressentie à l'arrivée vient de la durée du vol et de la nuit écourtée, et une bonne nuit suffit à la dissiper.

Combien de temps faut-il pour s'adapter à Tokyo ?

Avec sept à huit heures d'écart vers l'est, il faut compter environ une semaine pour un recalage complet. L'exposition à la lumière au bon moment et des repas pris tout de suite à l'heure japonaise raccourcissent un peu ce délai.