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Pressurisation : altitude cabine et oreilles bouchées

Par Max · · 3 min de lecture

Longue cabine d'Airbus A321 éclairée en bleu, rangées de sièges avec écrans allumés et coffres à bagages fermés
Cabine économique d'un Airbus A321LR d'Aer Lingus, appareil utilisé sur les vols entre l'Irlande et les États-Unis. — Cityswift · CC BY 2.0 — Wikimedia Commons

À 11 000 mètres, la pression extérieure tombe à moins d’un quart de celle du niveau de la mer, trop peu pour respirer. La cabine est donc maintenue à une pression plus élevée, équivalente à celle d’une montagne moyenne, et ce sont les variations de cette pression, à la montée et surtout à la descente, que les oreilles ressentent.

Une cabine réglée entre 1 800 et 2 400 mètres

L’altitude cabine désigne l’altitude à laquelle correspond la pression régnant à bord. Sur la plupart des avions de ligne en croisière, elle se situe entre 1 800 et 2 400 mètres environ. La réglementation de certification fixe un plafond de 8 000 pieds, soit 2 438 mètres, en exploitation normale. Le fuselage supporte alors un écart de pression de l’ordre de 0,55 à 0,6 bar entre l’intérieur et l’extérieur, ce qui explique sa forme cylindrique et la conception de ses portes, plus larges que leur encadrement et plaquées par la pression.

Les appareils récents font mieux. Le Boeing 787 et l’Airbus A350, dont le fuselage en composites tolère un écart plus important, maintiennent une altitude cabine voisine de 6 000 pieds, environ 1 800 mètres. À cette hauteur, la saturation du sang en oxygène baisse un peu moins, et la fatigue en fin de long trajet s’en ressent légèrement.

L’air prélevé sur les compresseurs et la vanne de régulation

Sur la majorité des avions, l’air qui pressurise la cabine est prélevé sur les étages de compression des réacteurs, avant la chambre de combustion : c’est l’air de prélèvement, ou bleed air. Très chaud et comprimé, il traverse les groupes de climatisation qui le refroidissent avant de l’envoyer en cabine, où il forme environ la moitié de l’air de la cabine, le reste étant recirculé. Puisé dans une atmosphère glaciale et presque sans vapeur d’eau, il explique aussi la faible humidité de la cabine. Le 787 fait exception : des compresseurs électriques puisent l’air directement à l’extérieur.

Le niveau de pression ne dépend pas de la quantité d’air envoyée, mais de celle qu’on laisse sortir. Une vanne de régulation, l’outflow valve, placée à l’arrière du fuselage, s’ouvre ou se ferme sous le contrôle d’un système automatique. Plus elle est fermée, plus la pression monte. Ce dispositif fait varier l’altitude cabine progressivement, de l’ordre de quelques centaines de pieds par minute, bien plus lentement que l’avion lui-même ne monte ou ne descend.

L’oreille moyenne et son canal d’équilibrage

L’oreille moyenne est une petite cavité remplie d’air, fermée par le tympan et reliée à l’arrière du nez par un canal étroit, la trompe d’Eustache. Ce canal reste fermé la plupart du temps et s’ouvre quand on avale ou qu’on bâille. À la montée, la pression de la cabine baisse : l’air de l’oreille moyenne se dilate et s’échappe facilement par la trompe, d’où de petits « clics ». À la descente, la pression remonte : l’air doit cette fois entrer dans l’oreille, ce que la trompe fait moins volontiers, et le tympan se creuse vers l’intérieur. Les oreilles bouchées et les douleurs sont donc surtout un phénomène d’atterrissage.

Déglutir, bâiller, manœuvre de Valsalva

Plusieurs gestes ouvrent la trompe et rééquilibrent la pression :

  • avaler souvent, en buvant ou en suçant un bonbon pendant la descente ;
  • bâiller, ou mimer un bâillement mâchoire grande ouverte ;
  • la manœuvre de Valsalva : bouche fermée, narines pincées, souffler doucement par le nez ;
  • pour un bébé en avion, donner le sein, le biberon ou une tétine pendant la descente.

Rester éveillé au moment où l’avion entame sa descente aide, car on déglutit beaucoup moins en dormant. Je repère ce moment au changement du bruit des moteurs, qui passent au ralenti bien avant la sortie des volets.

Rhume, sinusite et douleur

Un nez congestionné rétrécit l’entrée de la trompe d’Eustache, et l’équilibrage devient difficile, parfois douloureux, avec une sensation d’oreille pleine qui peut persister plusieurs heures. Les sinus réagissent de la même façon. Un rhume sévère, une otite ou une chirurgie récente de l’oreille justifient de demander au médecin avant le départ, qui peut juger utile un décongestionnant ou déconseiller le vol.

La bouteille d’eau écrasée à l’atterrissage

Une bouteille en plastique refermée pendant la croisière sort de l’avion écrasée : l’air qu’elle contient est à la pression de l’altitude cabine, plus basse que celle du sol. Le même phénomène gonfle les sachets de chips en altitude de croisière, et rappelle que la cabine reste, pendant tout le vol, une montagne artificielle.

Questions de passagers

Pourquoi les oreilles font-elles plus mal à l'atterrissage qu'au décollage ?

À la montée, l'air de l'oreille moyenne s'échappe seul par la trompe. À la descente, il faut au contraire faire entrer de l'air, et le canal s'ouvre mal sans geste actif. Le déséquilibre tire alors le tympan vers l'intérieur.

Peut-on prendre l'avion avec une otite ?

C'est déconseillé tant que l'oreille est inflammée, car l'équilibrage devient très douloureux et peut léser le tympan. Un avis médical permet de décider s'il faut reporter. Les enfants y sont particulièrement sensibles.

Que se passe-t-il en cas de perte de pressurisation ?

Les masques à oxygène tombent automatiquement du plafond et l'équipage entame une descente rapide vers une altitude où l'air est respirable, autour de 3 000 mètres. Il faut mettre son masque avant d'aider quiconque, car la conscience utile dure peu à haute altitude.