Le trajet d’une valise, du comptoir à la soute
Dix chiffres sous un code-barres suffisent à faire voyager une valise : l’étiquette collée au comptoir la relie à un passager, à un vol et à une destination. Entre le tapis de dépôt et la soute, le bagage parcourt souvent plusieurs centaines de mètres de convoyeurs, passe un contrôle d’explosifs et n’embarque que si son propriétaire embarque aussi.
L’étiquette et son numéro à dix chiffres
Le numéro imprimé sur l’étiquette bagage suit une norme de l’IATA, désigné en anglais par l’expression « licence plate ». Le premier chiffre indique la nature de l’étiquette, 0 pour une étiquette ordinaire ; les trois suivants désignent la compagnie émettrice par son code numérique, 057 pour Air France ; les six derniers forment un numéro de série. Le code IATA de l’aéroport d’arrivée est imprimé en grands caractères, avec ceux des escales éventuelles, pour que le manutentionnaire le lise sans scanner. Le talon remis au passager porte le même numéro, et c’est lui qui sert de preuve en cas de problème. Certaines compagnies ajoutent une puce RFID à l’étiquette, lisible à distance.
Le message qui précède la valise
Au moment de l’enregistrement, le système de la compagnie envoie au système de l’aéroport un message qui associe ce numéro à un vol, à un passager et à une destination. Quand la valise arrive devant les lecteurs, des scanners laser disposés sous plusieurs angles lisent le code-barres, quelle que soit sa position sur le tapis, et interrogent ce message. Une étiquette froissée ou illisible envoie le bagage vers un poste de codage manuel, où un agent saisit l’information à la main.
Le contrôle d’explosifs en trois niveaux
Dans l’Union européenne, chaque bagage en soute passe dans un équipement de détection d’explosifs, aujourd’hui des tomographes dits de standard 3 qui produisent une image en trois dimensions. Le contrôle s’organise en trois niveaux :
- la machine analyse l’image et laisse passer les bagages sans alarme ;
- un opérateur examine à l’écran les images signalées, sans arrêter le flux ;
- les cas non levés sont dirigés vers une salle de fouille, où le bagage peut être ouvert.
Une valise ouverte hors de la présence du passager le signale en général par un avis glissé à l’intérieur. Aux États-Unis, seuls les cadenas agréés par l’administration de sûreté peuvent être ouverts sans être forcés.
Trieurs, tampon et zone de constitution
Une fois validé, le bagage file vers la sortie qui correspond à son vol. Les grands aéroports utilisent des trieurs à plateaux basculants ou à bacs individuels qui déposent chaque valise dans la bonne goulotte. Les bagages enregistrés très tôt sont stockés dans un tampon automatisé et libérés quelques heures avant le départ. En bout de chaîne, dans la zone de constitution, les agents chargent chariots et conteneurs par vol et par destination, en gardant à part les bagages en correspondance, qui doivent être déchargés en premier à l’escale.
Conteneurs ou chargement en vrac
Le mode de chargement dépend du type d’avion. Un Boeing 737 se charge en vrac : les valises sont empilées à la main dans la soute par des agents qui travaillent à genoux sous un plafond bas. La famille A320 accepte le vrac comme des conteneurs bas de type LD3-45, au choix de la compagnie. Sur les gros-porteurs, Airbus A350 ou Boeing 787, les bagages voyagent dans des conteneurs LD3 hissés par un élévateur jusqu’à la porte de soute. Depuis le siège côté hublot, je vois parfois défiler ces conteneurs, numérotés et étiquetés par destination.
Le rapprochement bagage-passager
Une règle de l’aviation civile internationale interdit qu’un bagage voyage sans son passager. Si un voyageur enregistré ne se présente pas à la porte, son bagage doit être retrouvé et débarqué, ce qui explique certains retards au départ. L’exception concerne les bagages égarés réacheminés plus tard : ils voyagent seuls, avec une étiquette spécifique, après un nouveau contrôle. Lors d’une correspondance à Roissy, le transfert se fait automatiquement si les deux vols figurent sur le même billet, et le temps minimum de correspondance intègre ce délai de manutention.
La déclaration de bagage manquant
Une valise absente sur le tapis de livraison se déclare avant de quitter la salle, au comptoir des bagages, qui établit un rapport d’irrégularité, le PIR. Le dossier reçoit une référence et entre dans WorldTracer, le système mondial de recherche partagé par les compagnies et les aéroports, qui rapproche les valises sans propriétaire des déclarations ouvertes. La plupart des bagages retardés sont retrouvés en quelques jours, souvent restés à l’escale.
Questions de passagers
Peut-on suivre sa valise pendant le trajet ?
Plusieurs compagnies affichent dans leur application les étapes lues par les scanners : dépôt, chargement, arrivée. Un traceur personnel glissé dans la valise donne une position, sous réserve des règles sur les batteries. Ni l'un ni l'autre n'accélère une recherche, mais ils aident à la localiser.
Pourquoi faut-il retirer les anciennes étiquettes de sa valise ?
Un lecteur peut lire un vieux code-barres au lieu du nouveau et envoyer le bagage vers une mauvaise destination. Les agents de tri lisent aussi le code d'aéroport imprimé en gros. Une valise sans étiquette ancienne évite toute ambiguïté.
Un bagage peut-il partir sur un autre vol que son propriétaire ?
Seulement dans le cas d'un bagage déjà égaré que la compagnie réachemine. Au départ normal, la règle est inverse : un passager absent fait débarquer sa valise. Le bagage réacheminé est contrôlé à nouveau avant d'embarquer.