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FMots et histoire

Les annonces de l’équipage décodées

Par Max · · 3 min de lecture

Office d'un avion de ligne avec chariots encastrés, fours et plan de travail en inox
Office (galley) d'un Airbus A380 d'Air France, le poste de travail de l'équipage de cabine. — Andy Mitchell from Glasgow, UK · CC BY-SA 2.0 — Wikimedia Commons

« PNC aux portes, armement des toboggans, vérification de la porte opposée » : la formule qui précède chaque départ ne s’adresse pas aux passagers mais à l’équipage de cabine. Comme la plupart des annonces de l’équipage, elle suit un texte codifié, à mi-chemin entre la procédure de sécurité et le vocabulaire propre à chaque compagnie.

PNC, PNT et chef de cabine

Dans les compagnies françaises, l’équipage se partage en deux. Le personnel navigant technique, le PNT, désigne les pilotes ; le personnel navigant commercial, le PNC, regroupe hôtesses et stewards. Le chef de cabine dirige les PNC et fait le lien avec le poste de pilotage ; sur les gros-porteurs, il est secondé par des chefs de cabine adjoints selon les ponts ou les classes. La réglementation européenne impose au minimum un PNC pour 50 sièges passagers installés, ce qui porte à quatre l’effectif minimal d’un avion de 180 places. Leur mission première est la sécurité, le service vient après.

Armer et désarmer les portes

Chaque porte d’un avion de ligne abrite un toboggan d’évacuation plié dans un caisson. Armer la porte consiste à solidariser ce toboggan avec le plancher, au moyen d’une barre ou d’un levier selon le modèle : si la porte s’ouvre, le toboggan est arraché de son logement et se gonfle en quelques secondes. L’opération intervient porte fermée, juste avant le repoussage. « Vérification de la porte opposée » demande à chaque PNC de contrôler la porte d’en face, double sécurité contre l’oubli. À l’arrivée, l’opération inverse se fait au parking avant toute ouverture : un toboggan déployé par erreur immobilise l’avion et coûte cher à reconditionner. Personne ne touche donc aux portes avant l’annonce.

« Décollage imminent » et carillons

Une fois l’avion aligné ou sur le point de l’être, le poste de pilotage prévient la cabine par une annonce brève, « PNC, assis pour le décollage » ou « décollage imminent » selon les compagnies. Hôtesses et stewards s’attachent alors sur leurs strapontins, face aux passagers, près des issues. Les carillons ont leur langage, qui varie selon la compagnie et le type d’avion : un tintement accompagne l’allumage ou l’extinction du signal ceinture, d’autres servent aux appels entre le poste et la cabine. Je reconnais au moins celui du signal ceinture, et le léger mouvement qu’il provoque dans les rangées quand les turbulences s’annoncent : le service du plateau-repas s’interrompt, les chariots repartent vers l’office.

La démonstration de sécurité

Démonstration en direct ou vidéo, le contenu est fixé par la réglementation et le manuel de la compagnie : bouclage et débouclage de la ceinture, issues de secours et balisage lumineux au sol, masques à oxygène qui tombent en cas de perte de pression, gilet de sauvetage sous le siège, à ne gonfler qu’une fois hors de l’avion. La consigne de mettre son propre masque avant d’aider un enfant tient à la durée de conscience utile en haute altitude, qui se compte en dizaines de secondes vers 11 000 mètres. Le détail propre à l’appareil figure sur la carte de sécurité. Les passagers installés en rangée d’issue de secours reçoivent en plus un briefing personnel et doivent accepter d’aider à l’ouverture.

Le commandant au micro

« Mesdames et messieurs, ici le commandant de bord » : l’annonce du poste suit souvent la même trame. Durée de vol, altitude de croisière en pieds ou en mètres, météo à l’arrivée, éventuelle zone agitée. Elle revient en descente, et chaque fois qu’un événement mérite une explication, comme une remise des gaz ou une attente au sol. Les compagnies demandent à leurs commandants de rester factuels, ce qui explique une langue un peu administrative : « léger retard dû à la régulation du trafic aérien » signifie qu’un créneau de décollage a été imposé par la gestion européenne du trafic.

Petit lexique des consignes

  • Dossier en position verticale : siège redressé au décollage et à l’atterrissage, pour dégager le passage vers l’allée en cas d’évacuation.
  • Tablette rangée, accoudoirs baissés : même logique de passage libre.
  • Volets des hublots ouverts : selon les compagnies, l’équipage veut pouvoir repérer un feu ou un obstacle dehors ; c’est aussi le moment où le siège côté hublot prend tout son intérêt.
  • Mode avion : consigne générale, assouplie par certaines compagnies avec le wifi de bord.
  • Un médecin à bord : appel lancé quand un passager a besoin d’aide ; le poste peut aussi joindre un service médical au sol par radio ou satellite.

Questions de passagers

Que se passe-t-il si on ouvre une porte armée ?

Le toboggan se déploie et se gonfle en quelques secondes. Au sol, l'avion reste immobilisé le temps de le remplacer, avec retard et frais à la clé. En vol, la pression de la cabine plaque les portes contre leur cadre et rend toute ouverture impossible.

Pourquoi faut-il relever le volet du hublot à l'atterrissage ?

Avant d'ouvrir une issue, l'équipage doit pouvoir juger d'un coup d'œil de la situation extérieure. La règle varie selon les compagnies, mais beaucoup l'appliquent au décollage comme à l'atterrissage. La lumière du jour aide aussi les yeux à s'adapter en cas d'évacuation.

Pourquoi les hôtesses et stewards s'assoient-ils face aux passagers ?

Leurs strapontins sont fixés près des issues, et cette orientation leur permet de surveiller la cabine pendant les phases critiques. En cas d'évacuation, ils sont les premiers à la porte. Le strapontin se relève tout seul pour libérer le passage.