Orly, Roissy : l’architecture des aéroports parisiens
Paris doit à ses aéroports deux des bâtiments les plus singuliers de l’architecture française d’après-guerre : la longue façade de verre et de métal d’Orly-Sud, ouverte en 1961, et la couronne de béton de Roissy, mise en service en 1974. Avant eux, Le Bourget et les hangars géants de Freyssinet avaient déjà fait d’une installation aéronautique un objet d’architecture.
Le Bourget, première plateforme commerciale
Dès 1919, le terrain du Bourget accueille les premières liaisons commerciales régulières vers Londres et Bruxelles, et c’est là que Lindbergh se pose en mai 1927 au terme de sa traversée de l’Atlantique. L’aérogare actuelle, dessinée par Georges Labro, est inaugurée en 1937, à l’occasion de l’Exposition internationale : une composition symétrique et sobre, avec un hall central et des ailes basses. Le trafic de ligne a quitté Le Bourget à la fin des années 1970 ; le bâtiment abrite le musée de l’Air et de l’Espace, et le terrain, qui garde son code IATA, LBG, s’est spécialisé dans l’aviation d’affaires et le salon aéronautique.
Les hangars à dirigeables de Freyssinet
L’aéroport d’Orly commence par une prouesse d’ingénieur. Au début des années 1920, Eugène Freyssinet y construit deux hangars à dirigeables en voûtes paraboliques de béton armé, hautes d’une soixantaine de mètres, faites d’ondes successives qui raidissent une coque très mince. Ces nefs, parmi les plus grandes de leur temps, sont détruites par les bombardements de 1944. Il en reste des photographies, qui suffisent à expliquer leur place dans toutes les histoires de l’architecture en béton.
Orly-Sud, vitrine des années 1960
L’aérogare Sud, conçue par Henri Vicariot et inaugurée en février 1961, aligne une longue façade de verre et de métal face aux pistes. Ses terrasses ouvertes au public en font un but de promenade du dimanche, au point qu’Orly est souvent présenté comme l’un des sites les plus visités de France à cette époque ; Gilbert Bécaud en tire en 1963 la chanson « Dimanche à Orly ». L’aérogare Ouest suit en 1971, plus basse et plus horizontale. En 2019, la construction d’un bâtiment de jonction fait des deux un terminal unique, découpé en Orly 1 à 4, l’ancien Orly-Sud prenant le nom d’Orly 4.
Le cylindre de béton de 1974
Le nouvel aéroport de Roissy-en-France, baptisé Charles-de-Gaulle, est inauguré le 8 mars 1974. Son aérogare 1 est l’œuvre de Paul Andreu, jeune architecte d’Aéroport de Paris, qui imagine une couronne de béton de près de 200 mètres de diamètre autour d’un puits central. Les voitures arrivent par des rampes, les avions se garent autour de sept satellites reliés au bâtiment par des souterrains équipés de tapis roulants. Au centre, des tubes vitrés traversent le vide en diagonale, chacun abritant un tapis roulant qui monte d’un niveau à l’autre : l’image la plus photographiée de l’aéroport, et un décor de cinéma récurrent. Pendant le roulage, depuis un siège côté hublot, je regarde passer la masse ronde de l’aérogare 1 de Roissy, qui ne ressemble à aucun autre terminal. Andreu signera ensuite des aéroports à Jakarta, Abu Dhabi ou Shanghai, puis l’Opéra national de Pékin.
L’aérogare 2 et l’effondrement du 2E
La forme circulaire a sa limite : elle ne peut pas s’agrandir. Andreu conçoit donc pour l’aérogare 2 un principe inverse, une série de modules alignés le long d’un axe, que l’on prolonge à mesure que le trafic grandit. Les halls 2A et 2B ouvrent en 1982, suivis de 2C, 2D, puis 2F, 2E et 2G, avec au cœur du dispositif une gare TGV et RER ouverte en 1994. Le 23 mai 2004, une partie de la voûte en béton du terminal 2E, ouvert moins d’un an plus tôt, s’effondre et tue quatre personnes. Les expertises mettent en cause la conception de la structure ; la partie touchée est démolie, reconstruite avec une charpente métallique et rouverte en 2008.
L’étalement de Roissy a imposé ses propres circulations. Le CDGVAL, métro automatique gratuit mis en service en 2007, relie l’aérogare 1, la gare du terminal 3 et l’aérogare 2 ; un bus dessert le hall 2G, plus isolé. Sous les halls, le tri des bagages achemine les valises sur des kilomètres de convoyeurs, et un changement d’aérogare lors d’une correspondance à Roissy peut imposer un nouveau contrôle de sûreté. À mon sens, l’aéroport se lit encore dans son plan : un cercle de 1974, une ligne prolongée depuis 1982, et des navettes qui recousent l’ensemble.
Questions de passagers
Peut-on encore voir les tubes de l'aérogare 1 de Roissy ?
Oui, le bâtiment est toujours en service et ses tubes à tapis roulants restent empruntés par les passagers. La zone publique, avec ses rampes et son puits central, est accessible sans billet. Il suffit d'y accompagner un voyageur ou d'y prendre un vol.
Pourquoi Orly-Sud a-t-il été renommé Orly 4 ?
En 2019, un bâtiment neuf a relié Orly-Sud et Orly-Ouest, qui forment depuis un terminal unique. Le gestionnaire a alors numéroté les zones de 1 à 4 pour simplifier l'orientation. L'ancien Orly-Sud correspond à Orly 4.
Qui était Paul Andreu ?
Un architecte et ingénieur français, né en 1938 et mort en 2018, qui a passé l'essentiel de sa carrière au sein d'Aéroports de Paris. On lui doit les aérogares de Roissy, de nombreux aéroports à l'étranger et l'Opéra national de Pékin, inauguré en 2007.